De plus en plus de travailleurs sont dans le besoin

De plus en plus de travailleurs recourent aux banques alimentaires même s’ils ont un emploi, que ce soit en raison d’un divorce, de la maladie d’un conjoint ou de la difficulté à trouver un boulot à temps plein.

« Un jour, une jeune maman a envoyé ses trois enfants à notre camp d’été, avec un seul repas et un message qui disait : à vous de choisir lequel de mes enfants va avoir un lunch aujourd’hui », ont rapporté des moniteurs, en juillet dernier, à Sam Watts, président de la Mission Bon Accueil.

Et cette mère avait un emploi, précise-t-il.

Pas au chômage

Le Journal a interrogé quatre organismes qui font des dons de nourriture, et tous ont l’habitude de venir en aide à des gens qui ont un emploi.

Même que cette clientèle est en hausse, s’inquiètent les responsables du réseau des Banques alimentaires du Québec, qui réunit 30 ressources. En 2017, 11 % de leurs clients avaient un revenu d’emploi, un record en huit ans.

Ces gens se retrouvent souvent dans le besoin après un tournant majeur et stressant dans leur vie, explique la directrice générale Annie Gauvin. Par exemple, une mère de famille dont le conjoint tombe malade et qui se retrouve à être la seule pourvoyeuse.

C’est aussi le cas des gens qui ne trouvent que des emplois à temps partiel. Selon Statistique Canada, 59 % des travailleurs au salaire minimum font 25 heures par semaine ou moins.

Certains vont donc cumuler deux emplois, ce qui complexifie leur horaire et fait en sorte qu’ils ont rarement des vacances, dit Mme Gauvin. Certains s’épuisent, développent des problèmes psychologiques, ce qui les replonge dans la pauvreté, explique-t-elle.

400 $ en essence

« C’est tout à fait possible de travailler et de ne pas arriver à la fin du mois », dit Gil Emil Laflamme, du Groupe d’Entraide de Sorel-Tracy.

Dans sa région, l’économie tourne au ralenti, explique-t-il.

« Des gens sont obligés de voyager jusqu’à Montréal pour travailler, ce qui implique de dépenser de 400 $ à 500 $ par mois en essence.

Ceux qui ne peuvent pas se payer d’auto sont d’autant plus limités dans leurs possibilités d’emploi que le système de transport en commun est presque inexistant dans leur région », indique M. Laflamme.

Mais comment s’assurer que les dons vont à des personnes vraiment dans le besoin ?

« C’est du cas par cas. Certaines banques sont plus restrictives que d’autres », avoue Andrew Dobrowolskyj, de Bouffe pour tous, à Longueuil.

Cet organisme a accepté d’aider Mme Lachaine (voir autre texte), alors que deux autres avaient refusé.

« C’est sûr qu’on s’assure qu’ils n’ont pas un million en banque », ironise Sam Watts, de la Mission Bon Accueil.

Mais les cas de refus sont rares et les gens qui tentent de profiter d’un service dont ils n’ont pas besoin, encore plus rares, dit M. Watts. « Quand ils lèvent la main pour avoir de l’aide, c’est qu’ils ont épuisé les autres solutions. »

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