Une mère qui gagne 40 000 $ a besoin de la banque alimentaire

Une mère de famille qui gagne 40 000 $ par année s’est retrouvée du jour au lendemain à devoir aller chercher chaque semaine un panier à la banque alimentaire, après sa séparation, pour que ses enfants ne manquent de rien.

« D’admettre qu’on a besoin d’aide et d’aller la chercher, c’est très difficile. Il a vraiment fallu que j’atteigne le fond pour que je me décide à y aller parce que le bien-être de mes enfants allait être touché », dit Mélanie Lachaine, mère de deux enfants de 11 et 14 ans en garde partagée.

Le Journal rapportait ce week-end l’expérience menée par une famille aisée à qui on a demandé de couper de moitié le budget accordé à la nourriture, comme si les parents gagnaient tout d’un coup le salaire minimum. Ils ont vécu du stress associé à ce changement radical de leurs habitudes et eu de la difficulté à s’organiser les premiers jours.

Loyer payé seule

Mme Lachaine, qui travaille comme adjointe administrative dans une compagnie de transport à raison de 40 heures par semaine, s’est séparée en octobre dernier de son conjoint, avec lequel ils formaient une famille recomposée de quatre enfants.

« Je me suis retrouvée à payer seule le logement et les paiements élevés de la grande voiture à sept places qu’on avait pour transporter tout le monde. Je ne vis pas dans le luxe, j’ai le câble de base et un cellulaire », raconte-t-elle.

Une fois tous les comptes payés, il lui reste 100 $ par semaine pour l’épicerie, la pharmacie et l’essence.

« J’ai nourri mes enfants avant de me nourrir. Durant les deux premiers mois, je mangeais pratiquement juste des toasts », se souvient la femme de 33 ans.

C’est en voyant qu’elle n’avait rien à mettre sur la table pour Noël et rien pour acheter des cadeaux qu’elle a ravalé sa fierté et s’est décidée à aller chercher de l’aide.

Mais deux organismes n’ont pas voulu lui donner de denrées puisqu’elle est au-dessus du seuil du faible revenu.

« Jugée »

« On m’a tout de suite refusée et on m’a tout de suite jugée. On m’a dit que comme je gagnais 40 000 $, je ne devais pas avoir besoin d’aide. J’ai tellement été insultée. Tu ne connais pas ma situation personnelle, tu ne sais pas tout ce que j’ai à payer, par où je suis passée pour en arriver là », dénonce Mme Lachaine.

La mère de famille a finalement trouvé une oreille attentive auprès de l’organisme Bouffe pour tous, à Longueuil.

Celui-ci lui donne plusieurs sacs chaque semaine qui contiennent, entre autres, des fruits, des légumes, des produits laitiers et de la viande, quand il y en a.

En échange de trois ou quatre heures de bénévolat par semaine, elle peut se procurer son panier à moitié prix, soit 6 $ plutôt que 12 $.

« Depuis que je vais à Bouffe pour tous, je ne m’empêche plus de manger, au contraire, je m’alimente très bien, même que j’en donne à ma voisine, qui est en arrêt de travail avec deux enfants, quand j’en ai trop », ajoute-t-elle.

Mme Lachaine complète son épicerie en courant les spéciaux pour les céréales des enfants, les produits hygiéniques et ménagers. Son pain, elle l’achète directement à l’usine de pain tranché tout près de son emploi, à 1,75 $ plutôt que les 3 $ ou 4 $ de l’épicerie.

« Je mange surtout du porc et des saucisses italiennes. Un peu de bœuf de temps en temps, parce que je n’ai pas le choix puisque je suis tombée anémique sévère il y a un an et demi, mais pas de fruits de mer, c’est beaucoup trop cher », insiste-t-elle.

Comme le budget pour la nourriture est limité, il est encore plus restreint, voire inexistant, pour les sorties en famille.

« Mon patron me garde toutes les bouteilles du bureau. On va les vendre et on met les sous dans la tirelire familiale, et on s’en sert pour se payer un petit luxe, comme une sortie au cinéma », souligne-t-elle.

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